Nous vivons une époque formidable

Parlons-nous

Un des passe-temps favori de beaucoup de gens (surtout les filles) est de s'installer à la terrasse d'un café et de regarder
les passants, leurs allures, leurs démarches et bien évidemment, la façon dont ils sont vêtus. Personnellement, je préfère, lorsque je m'installe pour prendre un café, inventer les vies des gens assis à côté de moi, les entendre parler, rire, s'énerver
ou se tenir juste la main, comme les deux amoureux de l'autre jour qui étaient en bout de terrasse, avec le regard qui ne voyait personne d'autre que l'élu de son cœur assit juste en face.

J'aime leur inventer des métiers, des enfants ou pas, une maison, un environnement. Bref, je leur crée une vie et en partant, j'aime dire au revoir en glissant un compliment avec un sourire pour apporter un peu de joie à des inconnus qui n'ont pas l'air d'être très heureux.
 
Hier donc, je prenais un verre en fin de journée à Roanne en attendant l'arrivée de ma jeune stagiaire. Je laisse de côté ma lecture du moment :" Le bouquin des méchancetés et autres traits d'esprits" de François Xavier Testu. Livre excellent  dont je vous sers un extrait : En parlant de Félix Faure qui venait de trépasser, George Clémenceau disait : "En entrant dans le néant, il a du se sentir chez lui" ou encore Sacha Guitry, commentant en ces termes l'élection à l'Académie française de l'un de ses confrères : " Ses livres sont désormais d'un ennui immortel. " 
 
Pour revenir à mes moutons et sur ma terrasse, je m'étais déjà aperçue du phénomène à petite échelle, mais là c'était grandiose!  Je m'explique : Aujourd'hui, si le chien de la super star s'est blessé la patte en allant faire sa promenade, la terre entière peut avoir l'information dans les 10 minutes qui suivent. Je ne sais pas si c'est utile, mais c'est comme cela. Internet est un outil génial mais où le tri me semble fortement essentiel. Malheureusement le superficiel l'emporte toujours et les gens ne savent plus se poser et discuter tout simplement.

Hier, enfin nous y voilà... Les consommateurs assis aux différentes tables étaient tous en train de communiquer, qu'ils soient seuls ou en groupe, sans se parler ni se regarder! J'avais l'impression qu'ils se sentaient en sécurité et que leur portable leur donnait également une contenance vis à vis du monde réel. Je me sentais comme une extra-terrestre avec mon bouquin sur la table et mon portable dans le sac. Ça m'a fait repenser à ce film génial de Terry Gilliam: "Brazil".

Quatre jeunes sont assis à côté de moi. Ils viennent, à priori, de décider du film qu'ils veulent voir ce soir au ciné, juste en se montrant leur téléphone et en dodelinant de la tête. Ils se sont levés après une demi-heure passée sans dire un mot, ni merci, ni merde, rien, juste les doigts qui pianotaient sur un clavier. De temps en temps, l'un d'eux montrait l'écran à son voisin avec un léger sourire, mais sans un regard vers l'autre. C'est bien simple, hormis un des quatre qui a demandé un café au serveur et les autres qui ont acquiescé  de la tête pour exprimer qu'ils voulaient la même chose, aucun son n'est sorti de leur larynx, sauf le "Go" final qui a donné le signal du départ.

Cela me fait penser à une pancarte que j'avais vue dans un café. 
ardoise café politesse

Quitte à passer pour une vieille emmerdeuse, je vous le dis, nous vivons une époque formidable!

Caroline

Source : www.demotivateur.fr